La Révolution au Venezuela,
en route vers le Socialisme !
Le Venezuela est un pays du nord de l’Amérique du Sud, bordé par la Colombie et le Brésil. C’est un vaste pays aux ressources naturelles importantes, gros producteur de pétrole, produisant une grosse part des importations américaines. Depuis 1998 et l’élection démocratique d’Hugo Chavez à la présidence de la République, le Venezuela est entrée dans la « révolution bolivarienne » (du nom de Simon Bolivar, le libertador, qui a émancipé les colonies de la couronne espagnole). Des nationalisations (sous contrôle ouvrier), une expansion des services publics, mais surtout une nouvelle constitution démocratique pour le pays ont été réalisés. C’est un pays qui marche vers le Socialisme, même si, pour le moment, on ne peut pas encore parler de « régime socialiste » dans ce pays. Mais ce qui nous intéresse particulièrement dans notre visée de transformation de la société c’est le fait que cette révolution est pleinement démocratique, et que c’est au contraire les forces capitalistes qui cherchent à déstabiliser la démocratie. Derrière elles, le soutien de toutes les grandes puissances impérialistes
-
I - Historique de la révolution bolivarienne
La révolution bolivarienne tire ses sources des mouvements sociaux violemment réprimés en 1989. Une partie des forces armées (le rôle des forces armées est très important dans tout le processus révolutionnaire) soutient alors le peuple, leur meneur est un certain Hugo Chavez, issu du peuple. En 1992, il tente un putsch contre la droite réactionnaire et corrompue qui dirige le pays. C’est un échec, et le mouvement révolutionnaire tient une de ses faiblesses de ce passé trouble. Certains « trotskistes » tendant même à refuser encore Chavez pour son appartenance ancienne à l’armée et ce putsch.
Cependant, c’est démocratiquement que Chavez devient président en 1998, contre la candidate de la droite, Miss Univers, que soutenait l’ensemble des média. Chavez est élu avec 60% des voix.
-
II - Contenus : une révolution nationale-démocratique évoluant aujourd’hui vers le socialisme
La constitution bolivarienne a été Approuvée par référendum, rédigée par une assemblée constituante. Elle est intéressante à comparer avec la Constitution européenne. Elle étend les droits des travailleurs au moins sur le papier, en proclamant le droit au travail, l’égalité hommes/femmes, la journée de 8 heures, etc. Mais au niveau politique, elle instaure notamment une possibilité de référendum révocatoire.
Article 72. Toutes les charges et magistratures de l'élection populaire sont révocables.
Passée la moitié de la période à laquelle a été élu le ou la fonctionnaire, un nombre qui ne peut être inférieur à vingt pour cent des électeurs ou électrices inscrit(e) s dans la circonscription correspondante pourra solliciter la convocation d'un référendum pour révoquer son mandat…
Mais le gouvernement bolivarien a aussi pris des mesures immédiates : augmentation du budget du système éducatif et introduction de la gratuité de l’école (+ 1 000 000 d’enfants scolarisés), ouverture de 3000 « écoles bolivariennes » qui proposent à tous des activités culturelles ou parascolaires… Des services publics ont été créés ou améliorés : irrigation, ramassage d’ordures… Les squatters, nombreux, sont confortés dans leurs droits. Jusque là, le programme de Chavez n’avait en soi rien de révolutionnaire (juste un réformisme véritable, et une volonté de renforcer la démocratie), mais une vague de mobilisation populaire a éclaté. Près de 10 000 cercles bolivariens se sont formés dans tout le pays, formant une sorte de « démocratie directe », un pouvoir populaire venant de la base.
Au nom du renforcement de la « souveraineté nationale » (mais il faut voir l’importance de ce concept en Amérique Latine écrasée par l’hégémonie américaine), Chavez a pris des mesures contre les dirigeants corrompus de la PDVSA, la grande industrie pétrolière du pays. Elle est une entreprise d’Etat, dans laquelle il a été remis de l’ordre, et qui a une importance économique énorme dans le pays.
Peu à peu, Chavez évolue vers le marxisme. L’opposition constante des capitalistes à ses réformes lui fait peu à peu entrevoir qu’on ne peut pas transiger, il faut dépasser le capitalisme. Aucun acquis populaire ne sera définitif dans un système capitalisme, et les références à Marx, à Lénine, fleurissent dans les discours. Les nationalisations sont en route, comme celle de Venapal, une papeterie géante. De même, Chavez a fait voter une loi qui permet aux ouvriers dont les usines ferment de former plus facilement des coopératives pour les remettre en état de marche. Résultat : la production a augmenté dans certaines entreprises. Il voulait simplement développer l’économie, mieux défendre le pays face aux Etats-Unis, et Chavez se retrouve en passe de construire le Socialisme, même si celui-ci semble encore assez flou et idéaliste aux yeux des dirigeants bolivariens.
-
III - Les menaces
La haine de la classe capitaliste et des puissances impérialistes contre Chavez peut parfois être hystérique.
L’opposition tente en permanence de renverser Chavez, avec l’aide notamment des Etats-Unis. Le 11 avril 2002 a vu une tentative de coup d’Etat mené par des généraux réactionnaires, préparé par la presse, avec un soutien à peine masqué des Etats-Unis. Le palais présidentiel a été encerclé par la troupe. Chavez a été constitué prisonnier et enfermé non loin de la capitale. Quelques heures plus tard, un avion américain se posait à proximité de son lieu de détention. L’AFP a par ailleurs souligné la présence d’officiers américains au QG des putschistes. La télé publique a été privée d’antenne. Les chaînes privées annoncent la démission du président. Dans la journée, des francs tireurs agissant pour les putschistes ouvrent le feu sur les manifestants qui s’étaient déjà réunis. Les média prétendent que la fusillade a été ordonnée par Chavez. Un gouvernement et un président sont nommés, la Constitution suspendue. Les Etats-Unis et l’Espagne reconnaissent le nouveau gouvernement. Mais les jeunes et les travailleurs réagissent. Plusieurs centaines de milliers de manifestants prennent la rue. Ils voulaient voir où se trouvait Chavez. La foule se rassemble devant le palais et les casernes. Finalement, les soldats en faction à l’intérieur du palais présidentiel passent à l’action et arrêtent les membres du gouvernement transitoire. Le 13, Chavez est ramené à Caracas. Le coup d’état a échoué.
Après cela, il aurait été facile de mettre fin au capitalisme dans le pays. Les généraux, les banquiers, les capitalistes étaient tous impliqués dans le complot, et la nationalisation aurait été bien accueillie par la population. Mais Chavez a cherché à se ménager l’opposition. Les anciens dirigeants de la PDVSA ont été rétablis. Aucun militaire n’a été condamné. Du coup, une nouvelle offensive a été tentée.
Le 2 décembre 2002, lock-out (fermeture des usines) et sabotage économique. Cette campagne visait à miner la popularité de Chavez en étranglant l’économie. Des centaines de milliers d’ouvriers sont privés d’emploi, mais les ports sont également bloqués et certaines usines sabordées ! La PDVSA a été la principale cible, elle qui réalise 50% de revenus de l’Etat. Le renversement de Chavez intéresse d’ailleurs sur ce point fortement les américains. Le Venezuela est un des principaux fournisseurs des Etats-Unis. La fin de l’ère Chavez ouvrirait la voie à la privatisation. Les média français ont considéré ce sabotage comme une « grève générale » contre le régime. En fait, ce sont les travailleurs, notamment du secteur pétrolier, qui ont en échec le lock-out. Ils ont réparé ou remplacé les installations sabordées. Organisés méthodiquement, ils ont élu leurs responsables révocables à tout moment, et ont remis en marche les usines. Cette action constitue une preuve cinglante de la capacité des travailleurs à gérer l’outil de production eux-mêmes. La PDVSA est le 5e industrie du continent latino américain, et parmi les 50e industries les plus importantes. Cet exemple pourrait montrer au monde entier comment sortir du capitalisme. Cela explique peut être le silence de la presse bourgeoise et de la clique réformiste de notre pays. Le reste du peuple s’est mobilisé pour protéger les usines de nouveaux actes de sabotage, en concertation avec une partie de l’armée. La déclaration faite par l’opposition d’empêcher l’ouverture des écoles a enflammé le mouvement. Le 23 janvier, deux millions de travailleurs manifestent (c’est « la prise de Caracas »). L’opposition avait cherché à semer la panique en prétendant que les « hordes de Chavez » allaient piller les beaux quartiers. Les armes étaient prêtes. Elle a tout fait pour organiser un face à face violent entre les deux camps. Mais devant le gigantisme de la manifestation, l’opposition a renoncé au lock-out. Notons que dès lors certains syndicats soutiennent l’opposition contre le processus bolivarien, et appellent à la grève les travailleurs. Cet appel est peu suivi. Il y eut alors une scission dans le mouvement syndicale, avec la formation de l’UNT, l’Union Nationale des Travailleurs, bolivarienne, que les syndicats français n’ont pas encore tous reconnu.
Cette fois-ci, Chavez est offensif. Le 20 février, le président du « MEDEF » vénézuélien (Carlos Fernandez) est arrêté. Il sera inculpé de haute trahison. Par ailleurs, le président approfondit la révolution. Des mesures contre la fuite des capitaux sont prises, ainsi qu’un dispositif de contrôle des prix. Il incite les comités populaires à étendre également leur action. Mais la classe bourgeoise conserve l’économie, même si la PDVSA est « nettoyée ». 12 000 techniciens et directeurs proches des saboteurs sont licenciés. Seulement, la structure hiérarchique n’est pas modifiée, alors que les travailleurs ont appris à se gérer eux-mêmes. On pourrait espérer un passage à une vraie gestion démocratique et socialiste de l’industrie. Dans le secteur privé, les capitalistes baissent les salaires et suppriment les congés pour faire rattraper les pertes du lock-out ! Leur cynisme va parfois jusqu’à la fermeture, prétextant de trop grosses pertes consécutives à leur propre lock-out. En février 2003, un congrès syndical demande dans toutes les usines fermées la création de comités ouvriers réclamant la nationalisation.
La Constitution bolivarienne donne la possibilité d’un référendum révocatoire, nous l’avons vu. L’opposition s’en sert, et le gouvernement accorde ce référendum. Le 15 août 2004, avec 90% de participation, près de 60% des électeurs demandent le maintien de Chavez en poste. L’opposition a contesté les résultats. Seulement, il y avait des observateurs internationaux, même américains, et ils n’ont rien trouve à dire. L’organisation du référendum (demandé par l’opposition) était en réalité frauduleuse. Il nécessitait 2.4 millions de signatures. Or, elles n’étaient pas tout à fait obtenues, et en plus il était notoire (de l’aveu même de certains dirigeants de l’opposition) qu’on trouvait nombre de doubles signatures, et aussi des signatures de défunts… Cependant, face aux pressions de Washington, le gouvernement l’a quand même organisé.
En début d’année, aux municipales, les partis pro-Chavez ont obtenu 80% des suffrages. Le Parti Commune Venezuelien est devenu alors le deuxième parti de la capitale. Enfin, il y a quelques jours, l’opposition a choisi de boycotter un scrutin législatif. De l’aveu des observateurs internationaux, on ne comprend pas bien ce retrait, puisque absolument aucune fraude n’a été signalée. La participation a été de 25%, ce qui est une réussite, même si l’opposition se sert de ce chiffre pour crier à la parodie démocratique. En 1992, l’UD (Union Démocratique, centre droit) avait remporté les élections… avec 12% de votants. Personne n’avait trouvé à contester. Mais les capitalistes ne sont démocrates que lorsque ça les arrange.
-
IV - Perspectives
Depuis le référendum, on observe une accélération du processus. Il y a toujours plus de nationalisations (dont de plus en plus sous contrôles ouvriers, via les coopératives), et une réforme agraire a été entreprise. Il faut dire que le Venezuela possède un énorme potentiel agricole, mais que les capitalistes, propriétaires des terres, n’utilisent pas. En effet, l’industrie est plus rentable. Une grande partie des latifundia sont à l’abandon, alors que le pays doit importer de la nourriture ! Le gouvernement a entrepris une relative redistribution des terres.
Il faut désormais que le mouvement révolutionnaire passe définitivement au Socialisme. Il faudra que l’économie passe sous contrôle total et démocratique des travailleurs, secondés dans un premier temps par l’Etat, et limoger ceux qui soutiennent la contre-révolution dans les forces armées (et donc violant la légalité, qui est du côté, pour une fois, de la révolution) parce que l’opposition finira par avoir raison de la patience des travailleurs, qui ne disposent pas d’une énergie indéfinie… La contre-révolution soutenue par les puissances capitalistes pourrait être terrible. L’instauration d’un régime socialiste dans ce pays serait un message immense envers les travailleurs du monde entier : le Socialisme serait au pouvoir quelque part dans le monde, et démocratiquement… Ce pourrait être aussi pour Cuba une bouffée d’oxygène, qui romprait ainsi son isolement provoqué par les décennies de blocus imposés par les Etats-Unis. Alors, la consolidation du Socialisme dans l’île par une démocratisation du régime deviendrait peut-être enfin possible, grâce à l’internationalisme et le développement des relations entre Etats socialistes. Les conséquences en Amérique du Sud seraient immenses, vus les mouvement progressistes qui peuvent émerger ici et là : Mexique, Uruguay, Bolivie (voir l’arrivée au pouvoir de Morales, et la prochaine nationalisation du gaz), Brésil, Colombie, Argentine. La forte proportion hispanophone aux Etats-Unis pourrait même faire en sorte que l’impulsion progressiste touche la première puissance mondiale en son sein.
Commentaires