Amphi comble pour un débat sans tabous
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Retour de quelques mois en arrière, sur la venue de Marie-george Buffet sur la Faculté de Lille III. Après plusieurs mois de lutte contre le CPE, les étudiants communistes font venir la secrétaire nationale du PCF et Michelle Demessine, sénatrice PCF du Nord dans leur faculté pour une rencontre sans tabous. Récit de Bruno Cadez ..
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« Je n’ai aucun problème avec la lutte des classes. La bourgeoisie n’est plus celle du 19e siècle, mais la lutte des classes est toujours là, peut-être avec des formes aussi violentes et brutales ». Université de Lille III. Amphi B, haut lieu de l’action anti CPE. Il y a peu encore, l’endroit était occupé par des étudiants. Pendant plusieurs semaines, des assemblées générales s’y sont tenues quotidiennement. Ce jour-là, à la tribune, c’est d’ailleurs l’un des animateurs du mouvement, Yann, qui s’est proposé pour « jouer le rôle de modérateur » dans cette rencontre publique organisée avec Marie-George Buffet. L’amphi est comble. Ils sont près de 300 à s’être déplacés pour échanger avec la secrétaire nationale du PCF. Sans tabous. « Pourquoi ne parlez-vous plus de lutte des classes » demande donc par exemple un étudiant. Lutte des classes ? « Aucun problème », expliquons-nous répond donc Marie-George Buffet…
« 3,37 % ça ne s’oublie pas »
S’il faut en croire le nombre de participants à ce débat, mais aussi le contenu, parfois très idéologique, des questions posées, il semble bien que le PCF continue d’intriguer auprès des jeunes générations. Ayant la possibilité d’interroger sa première responsable, ils furent nombreux à se lancer dans des questions franches et directes, exprimant ainsi leur envie d’en savoir plus sur les positions de ce parti. Réchauffement de la planète, croissance ou décroissance, évolution de la situation politique en Amérique latine, danger de l’extrême droite, avenir de l’école et de l’Éducation nationale… C’est, au fond, une invitation à esquisser quelques-unes des grandes lignes du communisme du XXIe siècle à laquelle à été conviée Marie-George Buffet. D’emblée, un étudiant s’était presque fait provocateur. « Vous avez aidé le mouvement contre le CPE, mais, comme l’ensemble de la gauche, vous n’étiez pas avec les émeutiers de novembre. Pourquoi le PCF a-t-il déserté les quartiers populaires ? ». En novembre ? « J’y étais » répond Marie-George Buffet. « J’ai passé quelques nuits, à essayer de nouer le contact avec les jeunes, pour aider à ce qu’il n’y ait pas d’affrontement avec la police. Ces jeunes se retrouvent face à des murs, et ils ont envie de briser ces murs. Il faut renouer le contact, mais je préviens : ce sera dur. Dans ma ville, il n’y a pas que des voitures qui ont brûlé, mais aussi des équipements municipaux. Que le PCF soit affaibli, ainsi que ses cellules, ces lieux où il y avait de la solidarité, cela y fait bien sur. Cela me confirme dans l’idée que le PCF doit être porteur d’actes et d’un projet donnant à voir une autre société ».
Le cap de la dirigeante communiste peut se résumer dans une expression, utilisée à plusieurs reprises : « construire avec les citoyens ». Son passage dans le Nord semble d’ailleurs avoir eu pour objectif de faire preuve de pédagogie sur cette démarche. C’est que la gauche, là-dessus, part de loin. À un étudiant qui lui demandait si le PCF « n’utilisait pas la symbolique du Non à la Constitution européenne pour éluder le 21 avril 2002 », elle n’y va pas par quatre chemins : « 3,37 %, ça ne s’oublie pas. Le 21 avril 2002, c’est une accumulation de non réponses aux citoyens, c’est la conséquence du fameux « la politique ne peut pas tout » répondu par L. Jospin à ceux qui se battaient pour défendre l’emploi, du refus d’accorder le droit de vote aux étrangers». Quant au Non à la Constitution européenne, « ce n’est pas un symbole, c’est une victoire concrète face au libéralisme et un vrai moment démocratique. Si nous n’avions pas fait gagner le Non, le traité serait en place, et permettrait de casser toutes les politiques sociales ».
Une autre croissance
Tout cela pour dire que, selon, Marie-George Buffet, « les politiques actuelles ne sont pas fatales ». Les communistes apportent leur pierre au débat d’idées sur le besoin de rompre avec ce système, par exemple en faisant valoir l’urgence de mettre en place « une autre croissance ». Quand d’autres parlent de « décroissance », la divergence de fond n’est peut-être pas si profonde que cela quand la dirigeante communiste parle de rompre avec le « productivisme qui n’a que pour seul but de dégager du profit en sacrifiant la planète et ses habitants » pour, inversement, « répondre aux besoins réels de la population ». Besoins de la population : dans une université, Marie-George Buffet ne pouvait pas ne pas exiger que le budget de l’éducation en France soit porté à 7 % du PIB. « Il y a besoin d’enseignants en nombre suffisant, et de plus d’adultes qualifiés dans les établissements scolaires. On doit se fixer pour ambition d’aller le plus loin possible afin que chaque individu accède à un maximum de connaissances ».
Bruno CADEZ
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