Dimanche 25 novembre 2007

Avis de tempête au CNRS dans L’Humanité 15 Octobre 2007

Recherche . Le bateau amiral de la science française pourrait changer de statut. Les chercheurs refusent le « démantèlement » de la recherche publique et la vision à court terme du gouvernement.

Une mutinerie sur le bateau amiral de la recherche française ? Le CNRS, en tout cas, s’agite. La missive a été lancée le mercredi 10 octobre par l’une des plus hautes instances de la science hexagonale : la très solennelle conférence des présidents du Comité national (CPCN), qui regroupe les représentants des diverses disciplines de la recherche française. Depuis près d’une semaine, le document, signé par son président Yves Langevin (lire notre entretien), circule de mail en mail, de bureau en bureau. La raison ? « Des éléments factuels (…) démontrent (…) qu’une mutation profonde de la gestion de la recherche en France se prépare dans l’opacité la plus totale, et cela à très court terme », affirme le courrier. Que le président de la République et son gouvernement veuillent restructurer le système de recherche français n’est pas nouveau. Mais la manière exaspère.

Le gouvernement bloque tout

Mardi dernier, le conseil scientifique du CNRS se réunit afin d’émettre un avis sur le plan stratégique de l’organisme, préparé depuis près d’un an et demi et censé être adopté le 18 octobre par le conseil d’administration. Mais, surprise : le directeur général Arnold Mingus annonce aux présents que leur avis n’est plus à l’ordre du jour. L’explication est arrachée à force d’insistance : le gouvernement a imposé la suspension de tout vote avant qu’il ait précisé ses « orientations », « dans les prochains mois », à l’égard du principal organisme public de recherche. Aussitôt, les membres du conseil scientifique approuvent à l’unanimité un texte s’opposant à une telle intervention de la tutelle. Un drôle de chaud et froid pour Albert Fert, nommé prix Nobel de physique le jour même et qui siège au conseil scientifique du CNRS. Le lendemain, la conférence des présidents du Comité national publie sa fameuse lettre. Suivie par les syndicats et l’association Sauvons la recherche..

Cet été, déjà, la DGRI (Direction générale de la recherche et de l’innovation) était largement intervenue dans le contenu du plan stratégique du CNRS : « Toutes les modifications effectuées allaient dans le sens d’une restriction de l’autonomie du CNRS », écrit la CPCN dans son courrier. Le concurrent de l’organisme, l’Agence - nationale de la recherche (ANR), a vu au contraire « son rôle fondamental souligné ».

Les labos dans les universités

Malgré de timides démentis, le candidat Nicolas Sarkozy, devenu président, n’a jamais caché son intention de transformer le CNRS en agence de moyens. Autrement dit, l’organisme public n’assurerait plus, comme depuis un demi-siècle, la cohérence nationale de la recherche française. Il n’aurait d’autres missions que de distribuer des fonds, sans politique scientifique propre. À charge pour les universités d’abriter les labos français. Une intention confirmée par le budget de la recherche présenté fin septembre.

De son côté, Yves Langevin prévient : « Nous avons informé les chercheurs. Maintenant, nous attendons que le gouvernement clarifie ses intentions. La charge de la preuve est de son côté. »


Vincent Defait

par UEC publié dans : Nos combats
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