19 octobre 2007 dans L’Humanité
Recherche . Craignant pour l’avenir du CNRS, les chercheurs ont profité d’un conseil d’administration, hier, pour s’opposer au projet gouvernemental.
Gros coup de colère, hier, des chercheurs français. Dans la rue à Paris, Marseille, Toulouse ou Orléans. Dans la salle feutrée du CNRS à l’occasion du conseil d’administration de l’organisme public de recherche. La raison ? Le navire amiral des labos hexagonaux a été « poignardé par le gouvernement », dénoncent les syndicats FSU et CGT.
Une première fusée d’alerte lancée par les scientifiques
Le 9 octobre dernier, les membres du conseil scientifique du CNRS, parmi lesquels figure le récent lauréat du prix Nobel, Albert Fert, ont lancé une première fusée d’alerte en apprenant que le gouvernement leur confisquait le droit de s’exprimer sur le plan stratégique de l’organisme, censé être adopté hier par le CA. Officiellement, aurait prétexté Gilles Bloch, directeur de la direction générale de la recherche et de l’innovation (DGRI), le gouvernement donnera ses orientations pour l’organisme « dans les mois à venir ». Soit après les élections municipales. Le lendemain, le 10 octobre, la conférence des présidents du comité national, l’une des plus hautes instances représentatives du CNRS, lançait par la voie de son président une nouvelle fusée de détresse (lire l’Humanité du 15 octobre). C’est que les chercheurs goûtent peu à l’ingérence gouvernementale. Surtout quand celle-ci suppose des changements structurels du système de recherche français.
Il serait question de transformer le CNRS en agence de moyens et de transférer ses chercheurs dans les universités, nouvellement autonomes. Fini la « cohérence nationale de la politique scientifique » française assurée depuis un demi-siècle par le CNRS, explique Daniel Steinmetz, du SNTRS-CGT. « Aujourd’hui, peu, voire aucune université n’a les moyens de gérer des problématiques nationales », estime Patrick Montford, du SNCS-FSU. Or, « si le CNRS n’assure pas cette cohérence, c’est le pouvoir politique qui le fera », prévient le syndicaliste. Ce qu’il fait déjà en partie, depuis la création, en 2005 de l’Agence nationale de la recherche (ANR), chargée de distribuer des fonds pour des projets à court terme en fonction de priorités définies au ministère. De même, le statut de chercheur à temps plein est dans le collimateur du gouvernement, qui rêve de les voir aux côtés de leurs collègues enseignants-chercheurs dans les universités, sous la responsabilité des présidents d’établissement. « Transformer les chercheurs en enseignants-chercheurs réduirait l’effort de recherche », craint Pierre Girard, du SGEN-CFDT.
Le chercheur à temps plein est dans le collimateur
Hier, lors du CA, Gilles Bloch aurait mimé l’incompréhension devant la mobilisation des chercheurs : le gouvernement ne prévoit pas de mettre à bas le CNRS. Nicolas Sarkozy a pourtant annoncé, en tant que candidat puis président, son intention de transformer l’organisme public en agence de moyens.
Vincent Defait
Aucun commentaire pour cet article
Pour nous contacter :
Par mail uec_lille@yahoo.fr
Par courrier Union des Etudiants Communistes, 18 rue d'inkermann, BP 1233, 59000 Lille
Commentaires